BILL-HALEY-001

Ne pas se fier à la photo de jaquette. Si le type en costard, tenant négligemment son pardessus et son chapeau à la main, son célèbre accroche-cœur surplombant des Ray-Ban, ses pommettes hautes et son sourire poupin, arbore de faux-airs d’Oncle Paul, et si les joyeux drilles l’accompagnant sur le tarmac d’Orly passeraient presque pour une délégation de l’École de Marcinelle, ce document n’en témoigne pas moins d’une véritable secousse tellurique. Sous leurs dehors affables, ces gentlement étaient en fait en mission pour le Seigneur. Le Saigneur, devrait-on plutôt écrire, car si le cogneur Ralph Jones ne semble pas déterminé à vous passer le steak à l’attendrisseur, ni le sax de l’hystérique Rudy Pompilli, ni la lead guitar de Francis Beecher n’étaient manifestement guère plus disposés à concéder le moindre quartier. Bref, pour leur première incursion en terre hexagonale, Bill Haley & His Comets paraissaient résolus à ne pas faire de prisonniers. 14 ans après le débarquement de Normandie et en plein plan Marshall, les Amerloques venaient donc libérer Paris une seconde fois.

Et c’est une explosion en chaîne que cet enregistrement restitue avec fidélité. Les Comets avaient bouffé du lion enragé et exécutaient tous les tempos pied au plancher. Après “Beecher’s Boogie Woogie”, Haley fut contraint de rappeler une première fois l’assistance à la décence (“Désolé, c’est un théâtre ici, vous n’êtes pas autorisés à danser, veuillez avoir l’obligeance de regagner vos fauteuils” – 16'14 et 21'34). En pure perte ! Mais ce soir-là à L'Olympia, l'histoire était en marche !